Inuit Research Advisors

Projets en cours (2015-2018)

Études intégrées d’impact régional

Les 41 projets de recherche d’ArcticNet contribuent à quatre études intégrées d’impact régional (Integrated Regional Impact Studies – IRIS) qui soutiennent chacune une évaluation intégrée d’impact régional (Integrated Regional Impact Assessment – IRIA). Chacune des quatre études IRIS correspond à une des quatre grandes régions politiques, physiographiques et océanographiques des régions côtières de l’Arctique canadien.

De nombreux projets d’ArcticNet se déroulent à la grandeur de la région arctique canadienne et ils contribuent donc à plus d’une IRIA. En plus des résultats d’autres études et évaluations arctiques et de l’expertise des partenaires d’ArcticNet, les conclusions et recommandations scientifiques issues des projets du réseau sont compilées dans les évaluations élaborées pour chacune des régions.

  • IRIS 1: Région arctique de l’Ouest et Central
  • IRIS 2: Région arctique de l’Est
  • IRIS 3: Baie d’Hudson
  • IRIS 4: Région subarctique de l’Est

IRIS 1 (Région arctique de l’Ouest et Central)

L’Étude intégrée d’impact régional (IRIS) de la région arctique de l'Ouest et du Centre du Canada vise principalement la région désignée des Inuvialuits et, aux fins de continuité écosystémique, elle s'étend au sud-ouest de l'archipel canadien pour l'étude des écosystèmes marins et terrestres. Sur le plan démographique, la région désignée des Inuvialuits regroupe quelque 3 000 Inuvialuits vivant dans six communautés. De toutes les régions de l’Arctique canadien, c’est dans l’Extrême Arctique de l’Ouest que le réchauffement climatique a été le plus intense, avec des augmentations de température de 2 à 3 °C au cours des 50 dernières années. L’écosystème relativement productif du delta du fleuve Mackenzie contraste avec la faible diversité des îles et plaines côtières qui appartiennent à l’écozone du sud de l'Arctique (collines et plaines ondulées; hivers longs et froids; étés courts et frais; arbustes nains dont la taille diminue plus on se dirige vers le nord; bœuf musqué, loup, renard arctique, grizzli, ours polaire et caribou (Furgal et al., 2003). Dans toute la région, les terrains organiques et d’argile limoneuse sont riches en glace massive et le littoral non lithifié est sujet à une érosion intense à mesure que fond la glace du sol et que diminue la protection contre les vagues offertes par les glaces de rive. Le littoral de la région désignée des Inuvialuits longe le secteur sud-ouest de la mer de Beaufort, incluant le plateau peu profond du Mackenzie qui est fortement influencé par le panache du fleuve Mackenzie, et le golfe Amundsen, plus profond, qui s'ouvre dans l'archipel canadien. La mer de Beaufort abrite le plus grand stock de bélugas au monde, de même qu’une importante population de baleines boréales en été, d’ours polaires, de phoques annelés et de phoques barbus. Il y a généralement peu de diversité marine et la productivité varie de faible à modérée, sauf dans quelques secteurs « chauds » sur le plan biologique, comme la polynie du cap Bathurst sur la bordure est du plateau Mackenzie. Les écosystèmes marins au nord du golfe Amundsen demeurent largement inexplorés.

Le secteur industriel se résume principalement à la navigation sur le système fluvial du Mackenzie, l’exploitation de minéraux durs (p. ex., à proximité de Kugluktuk) et l’exploration pétrolière dans la région du delta. L’exploration pétrolière s’est étendue au large des côtes en 2007 et 2008 avec la vente de concessions le long de la marge continentale de la mer de Beaufort.

Directeur: Gary Stern

Coordonnatrice: Ashley Gaden

IRIS 2 (Région arctique de l’Est)

Le Nunavut (qui signifie « notre terre » en inuktitut) est le territoire ancestral des Inuits de la région arctique du Centre et de l’Est du Canada. Officiellement séparé des Territoires du Nord-Ouest le 1er avril 1999 (Loi sur le Nunavut et Loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut), le Nunavut est le plus récent territoire fédéral du Canada, le plus vaste et le moins peuplé. Il comprend la vaste majorité de l’archipel arctique canadien, de même que les îles dans les baies d’Ungava, d’Hudson et James. Le territoire couvre 1 932 255 km2 de terres et 160 935 km2 d’eau. Plusieurs îles de l’archipel sont divisées entre le Nunavut et la région désignée des Inuvialuits, notamment les îles Victoria et Melville. Le paysage a été façonné par des couches de glace et des glaciers qui ont sculpté des fjords et de profondes vallées. De nos jours, la région est altérée par des changements liés au climat, comme l’augmentation des températures, le retrait de la glace de mer et le dégel du pergélisol. Les écosystèmes sont très variés, allant des terrains plats de toundra à l’ouest de la baie d’Hudson à la riche polynie des eaux nordiques dans le nord de la baie de Baffin. Le gradient sud-nord des écosystèmes terrestres du littoral arctique, de la limite nord de la taïga au désert arctique de l’île Ellesmere, suscite un grand intérêt scientifique.

Le Nunavut compte actuellement quelque 30 000 résidants, dont 85 % sont des Inuits (Nunavummiuts), répartis dans 26 villages côtiers. La population est jeune (35 % des résidants ont moins de 18 ans) et elle devrait passer de 32 183 en 2009 à 44 581 habitants d’ici 2036. L’économie est un mélange d’économie fondée sur les salaires (exploitation minière, exploration, tourisme, pêches, art) et d’économie axée sur les ressources naturelles, soit celle qui fait partie intégrante du mode de vie culturelle et sociale des Inuits. Les activités comme la récolte du caribou, du phoque et de l’omble chevalier assurent une saine alimentation, l’éducation, la cohésion communautaire et l’identité culturelle. L’économie du Nunavut dépend encore fortement de l’emploi dans le secteur public (gouvernement du Nunavut, secteur municipal, éducation, santé et sécurité). Le gouvernement et la population du Nunavut doivent composer avec les grandes distances, la faible population bien qu’en croissance, le coût élevé des matériaux, de l'énergie, des transports et de la main d’œuvre et des conditions climatiques extrêmes et changeantes.

Le gouvernement du Nunavut coexiste avec un certain nombre d’organismes publics directement et indirectement liés à l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. L’organisme Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI) représente les bénéficiaires inuits, gère les fonds fédéraux issus de l’Accord, offre des services et des programmes et supervise les organes de cogestion comme la Commission d’aménagement du Nunavut, le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut et l’Office des eaux du Nunavut.

Directeur: Trevor Bell

Coordonnatrice: Tanya Brown

IRIS 3 (Baie d’Hudson)

L’écosystème marin de la baie d’Hudson englobe la baie d’Hudson, le bassin Foxe et le détroit d’Hudson. Sa superficie est de 1 240 000 km2, ce qui en fait la plus grande mer intérieure au monde. La baie d’Hudson rejoint l’océan Arctique par le détroit de Fury and Hecla et s’ouvre dans l’océan Atlantique par le détroit d’Hudson. Les basses terres entourant la baie d’Hudson sont des plaines basses riches en pergélisol et caractérisées par des marais, des tourbières et des étangs. Les terres autour de la baie s’élèvent peu à peu à cause du relèvement isostatique, exposant graduellement de plus en plus de littoraux. De par son emplacement géographique plutôt au sud, la baie soutient l’écosystème marin arctique le plus au sud de la planète. De ce fait, le système de la baie d’Hudson est très vulnérable aux changements climatiques. Chaque hiver, la baie d’Hudson se couvre totalement de glace et chaque été elle se libère complètement de glace. La couverture de glace commence à la fin octobre dans les régions les plus au nord de la baie, et c’est en avril que l’on constate la couverture de glace maximale. Plusieurs polynies réapparaissent dans le baie, surtout le long des côtes nord-ouest et est. La baie est alimentée par de grandes rivières sur ses côtes ouest, sud et est. Cette arrivée d’eau douce a d’importantes répercussions sur la circulation côtière générale qui se fait dans le sens antihoraire. Le bassin versant de la baie d’Hudson couvre plus du tiers du territoire terrestre du Canada, soit du sud de l’Alberta au centre de l’Ontario et jusqu’à l’île de Baffin, et même certaines parties du Dakota du Nord et du Minnesota.

La baie d’Hudson abrite plusieurs espèces de poissons, de phoques, de baleines, d’oiseaux migrateurs, d’oiseaux de mer et de mammifères comme l’ours polaire et le caribou. La région biogéographique est habitée traditionnellement au sud par les Cris qui occupent une partie du Manitoba, de l’Ontario et du Québec, tandis que les Inuits habitent depuis longtemps le nord, dont les côtes est de la baie d'Hudson, le nord du Nunavik et le Nunavut, incluant les collectivités insulaires de Coral Harbour et Sanikiluaq. Lors de la chasse traditionnelle de subsistance, les Cris récoltent de la sauvagine et des mammifères terrestres comme l’orignal. La chasse de subsistance des Inuits comprend la récolte de poissons, de phoques et de baleines, et également de caribous dans certains villages. Le littoral de la baie d’Hudson est partagé par les provinces de Québec, de l’Ontario et du Manitoba et par le territoire du Nunavut. Les îles dans la baie d’Hudson font partie du Nunavut, y compris les îles Belcher au sud, tandis que les eaux de la baie sont sous compétence fédérale exclusive. Le développement hydroélectrique est vaste dans le bassin versant de la baie d'Hudson et il joue un rôle important sur le débit d’eau et le régime d’écoulement de plusieurs grandes rivières se déversant dans la baie. Parmi les autres activités commerciales ayant lieu dans la baie d’Hudson, on peut mentionner l’extraction minière et le transport de marchandises (en été) par le port de Churchill, le seul port en eau profonde de l’Arctique canadien.

Pour toutes informations additionnelles concernant l'IRIS 3, veuillez visiter cette section.

Directeur: David Barber

Coordonnatrice: Lauren Candlish

IRIS 4 (Région subarctique de l’Est)

La région subarctique de l’Est du Canada englobe les territoires inuits du Nunavik (nord du Québec) et du Nunatsiavut (nord du Labrador). Les deux territoires sont dotés d’une forme d’autonomie gouvernementale évoluant vers une plus grande autonomie. La population s’élève à environ 10 800 résidants au Nunavik et 10 550 résidants au Nunatsiavut. Le Nunavik a connu une croissance démographique très élevée de 2001 à 2006 (10,4 %), tandis que la population du Nunatsiavut diminuait pendant la même période (– 6,0 %).

La région est bordée par la mer sur trois côtés (la baie d’Hudson à l’ouest, le détroit d’Hudson et la baie d’Ungava au nord et la mer du Labrador à l’est). Cette géographie donne lieu à un climat de type continental avec des précipitations (surtout sous forme de neige) plus fortes qu’aux mêmes latitudes à l’ouest de la baie d’Hudson. La région est entièrement comprise dans le Bouclier canadien. Les élévations les plus importantes sont dans les monts Torngat, le long de la frontière entre le Nunavik et le Nunatsiavut, là où se trouvent les seuls glaciers à l’est des Rocheuses au Canada continental. Il y a transition de la forêt à la toundra et du pergélisol discontinu à continu dans l’ensemble de la région.

Le climat de la région s’est réchauffé rapidement depuis le début des années 1990 et les modèles prévoient une augmentation des températures de l’ordre de 3 à 4 °C et une augmentation des précipitations de 10 à 25 % d'ici le milieu du siècle par rapport à la période de1960 à 1990. Les changements climatiques en cours affectent déjà le régime thermique du pergélisol et les dynamiques de la couche active. Une augmentation de température de 2 °C sur une profondeur de 4 mètres sur tout le territoire a des effets sur les infrastructures de transport et sur les villages. Les intervenants appuient la recherche qui se fait en vue d’améliorer la planification du territoire et pour trouver des solutions techniques permettant de s’adapter. Les lacs thermokarstiques, qui se forment en grand nombre dans les secteurs où les sols à grains fins sont riches en glace et dans les terres humides, ont une rétroaction sur la production de gaz à effet de serre. Les Inuits comme les chercheurs signalent des changements dans la végétation. Les arbustes tout particulièrement s’étendent davantage dans la forêt-toundra. Les arbres, surtout les mélèzes dans l’est de la région de la baie d’Ungava, étendent la limite des arbres en altitude sur les pentes des collines. Les répercussions prévues sur les ressources animales clés, comme les grands troupeaux de caribou et les populations d’omble chevalier, se produiront probablement par le biais d’une série d’interactions complexes entre les facteurs climatiques, la disponibilité de nourriture, la dynamique de la végétation, la température de l’eau, la durée de la couverture de glace et son épaisseur sur les lacs, les dynamiques des populations, les rapports herbivores et proies–prédateurs. Par conséquent, les humains qui vivent de ces ressources devront faire appel à des approches variées dans l’ensemble du domaine géographique pour s’adapter.

Directeur: Michel Allard

Coordonnateur: Mickaël Lemay